SYMBIOSIS
FILM / INSTALLATION

2021
EN
Symbiosis is a film about the relationship between trees and humans in the course of evolution.
FR
Symbiosis est un film témoignant de la relation entretenue entre l’arbre et l’humain au cours de l’évolution.
Abstract

Going back to the origin of life,
Symbiosis is a film that tells the story of the evolution and the relationship between trees and humans over time. Mixing biological facts, myths and fictions, this scientific fable is told by a voice, that of a tree that confronts us with the harsh reality. A reality in which the progress of mankind is irremediably distancing itself from nature, thus degrading the symbiosis that united them.


« You acquired vision. Vision. What has happened to that vision that was once so acute ? For you, we were now all the same. Inert statues ; prisoners in the ground." (Symbiosis, 08:05)

Resolutely animist, this film is not only animist through its story, but also through its filmic process involving everyday objects. Tomato sauce, ink, plastic sheet and paintbrushes are no longer insignificant products with an assigned function, they are much more, they come to life to exist thanks to their form and its evocative power. Thus, a collection of old books becomes under our eyes a giant sequoia forest, a hot plate becomes the sun, and a washed-out funnel turns out to be the eye having lost its vision once so acute.
Résumé

Remontant à l’origine de la vie, Symbiosis est un film qui raconte l’évolution, et la relation entretenue entre l’arbre et l’humain au fil du temps. Mélange de biologie, mythes et fictions, cette fable est portée par une voix, celle d’un arbre qui nous confronte à une dure réalité. Une réalité dans laquelle le cheminement de l’homme l’éloigne irrémédiablement de la nature, détériorant la symbiose qui les unissait au départ.

« Et vos corps développèrent la vision, la vision, qu’est-il arrivé à cette vision autrefois si précise ? Pour vous, nous étions désormais tous les mêmes, des statues inertes posées au sol. » (Symbiosis, 08:05)

Pour créer ses visuels, Samy Bouard Cart développe un procédé filmique particulier, mettant en scène les objets du quotidien. Sauce tomate, encre, bâche plastique et pinceaux ne sont désormais plus d’insignifiants produits ayant une fonction assignée. Ils sont bien plus, ils prennent vie pour exister grâce à leur forme et leur pouvoir évocateur. Ainsi, une collection de vieux livres devient sous nos yeux une forêt de séquoias géants, un entonnoir délavé figure un oeil et une plaque de cuisson se transforme en soleil.

Symbiosis commented by the philosopher Victor Petit
(translated by Alexander JS Craker)
It is the second work in the series Fable of Landscape, in which Samy Bouard Cart extends his method of tinkering with images (Homemade Fiction). His work can be characterised by three concepts: ‘scientific mythology’, ‘technical animism’ and ‘technological perspectivism’. In Symbiosis, viewers are invited to understand that the sacred (Gaia, Hutukara, etc.) is right there in front of us: the gods are in the kitchen.
Symbiosis commenté par le philosophe Victor Petit

Il s’agit de la seconde oeuvre de la série Fable of Landscape, dans laquelle Samy Bouard Cart prolonge sa méthode de bricolage de l’image (Homemade Fiction). Son travail peut se caractériser par trois concepts : « mythologie scientifique », « animisme technique », « perspectivisme technologique ». Dans Symbiosis encore le spectateur est invité à comprendre que le sacré (Gaïa, Hutukara a, etc.) est bien là, sous nos yeux : les dieux sont dans la cuisine.
Homemade fiction
Samy Bouard Cart is a true bricoleur of images, in the sense that Lévi-Strauss speaks of bricolage as characteristic of The Savage Mind (1962). If he tinkers, it is because the images he collects have no assigned functions, since these depend on the analogical network into which they are inserted. In his work, using objects, his kitchen or his body, the artist creates a panel of visual elements whose function no longer exists; only the form remains. It is only in the editing process that these elements take on meaning, to the extent that the same image can have different meanings. For example, let us film an ice cube melting and reverse the video: what are the potential meanings of this video for this DIY artist? The formation of a mountain, the crystallisation of rocks, the appearance of life, the blade of grass that grows from the top? Cart calls his method ‘homemade fiction’, because it seeks the extraordinary in the ordinary of the home, in the folds of its matter. It is based on simple precepts:
1) playing with scale (using microscopes and macro lenses);
2) playing with time (reversing or modifying temporal sequences);
3) playing with the orientation of the image (reversing gravity);
4) playing with abstraction by assuming pure form and its power of evocation (such as clouds that express what we want to see).
Homemade fiction
Samy Bouard Cart est un véritable bricoleur de l’image, au sens où Lévi-Strauss parle de bricolage comme caractéristique de La pensée sauvage (1962). S’il bricole, c’est que les images qu’il récolte n’ont pas de fonctions assignées, car celles-ci dépendent du réseau analogique dans lequel elles s’insèrent. Chez lui, à partir d’objets, de sa cuisine ou de son corps, l’artiste se constitue un panel d’éléments visuels dont la fonction n’existe plus, seule la forme demeure. Ce n’est que lors du montage que ces éléments prennent sens, si bien qu’une même image peut avoir différents sens. Par exemple, filmons un glaçon en train de fondre et inversons la vidéo : quels sont les signifiants potentiels de cette vidéo pour cet artiste bricoleur ? La formation d’une montagne, la cristallisation des roches, l’apparition de la vie, le brin d’herbe qui pousse par le milieu ? Sa méthode, Samy Bouard Cart l’a appelée « Homemade Fiction », car elle va chercher l’extraordinaire dans l’ordinaire de la maison, dans les plis de sa matière. Elle repose sur des préceptes simples :
1) Jouer avec les échelles (usant de microscopes et d’objectifs macro) ;
2) Jouer avec le temps (en inversant ou modifiant les séquences temporelles) ;
3) Jouer avec l’orientation de l’image (en renversant la gravité) ;
4) Jouer de l’abstraction en assumant la forme pure et son pouvoir d’évocation (tels les nuages qui disent ce que l’on veut y voir).
Technical animism
The first idea that came to mind when we encountered Samy Bouard Cart’s work was that of ‘technical animism’, because it literally brings objects to life. It is inspired by Paul Eluard: “There is another world, but it is in this one”. This other world is indeed right in front of us: the gods are in the kitchen. His film Rocca traces the geological evolution of Earth from an animist point of view, considering rocks as living beings, while filming nothing but technical objects in their very mundanity. It is indeed based on his domestic objects that Samy Bouard Cart shows geology, its landscapes and its forces. As he himself states:
“The method adopted is based on the staging of everyday objects that I have at hand (food, plastic waste, household products, decorative elements, sculptures, and even my own body), all of which are used to evoke crystallisation, titanic collisions, large-scale geological phenomena, tectonic movements, earthquakes, volcanic activity, etc.”
If François Dagognet, the philosopher who successfully combined science with art through a certain idea of ‘materiology’, had been alive, he would probably have paid particular attention to Fable of Landscape, which shows the interiority of matter in its very exteriority. If Cart can be called ‘materiologist’ and not materialist, it is because, like Dagognet, he refuses both dualism (which separates the soul and the body) and monism (which confuses them); like Dagognet, he constantly turns things inside out, scrutinising objects as a doctor scrutinises the body: the interiority of a body can never be objectified, except through its external manifestations. What is the interiority of a hotplate? Answer: that moment when it becomes the sun before our eyes. The minimal and the grandiose, the banal and the essential are linked in the moving image.
Animisme technique
La première idée qui nous est venue en rencontrant l’oeuvre de Samy Bouard Cart est celle d’animisme technique, car elle donne littéralement vie aux objets. Elle s’inspire de Paul Eluard : « Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci ». Cet autre monde en effet est sous nos yeux : les dieux sont dans la cuisine. Son film Rocca retrace ainsi l’évolution géologique de la terre d’un point de vue animiste, considérant les roches comme des êtres vivants, tout en ne filmant rien d’autre que des objets techniques dans leur mondanité même. C’est bien à partir de ses objets domestiques que Samy Bouard Cart donne à voir la géologie, ses paysages et ses forces. Comme il l’affirme lui-même :
« La méthode adoptée repose sur la mise en scène d’objets du quotidien que j’ai sous la main (aliments, déchets plastiques, produits ménagers, éléments de décoration, sculptures, et même mon corps), tous utilisés pour évoquer à la fois la cristallisation, les collisions titanesques, les phénomènes géologiques à grande échelle, les mouvements tectoniques, les tremblements de terre, les activités volcaniques, etc. »
Si François Dagognet, ce philosophe qui a su marier science et art à travers une certaine idée de la « matériologie », avait été vivant, il aurait probablement porté une attention toute particulière à Fable of Landscape, qui donne à voir l’intériorité de la matière dans son extériorité même. Si Samy Bouard Cart peut être dit « matériologue » et non matérialiste, c’est que comme Dagognet il refuse à la fois le dualisme – qui sépare l’âme et le corps – et le monisme – qui les confond – ; comme lui, il ne cesse de retourner le dedans en dehors et de scruter les objets comme le médecin scrute le corps : l’intériorité d’un corps n’est jamais objectivable, si ce n’est à travers ses manifestations extérieures. Qu’est-ce que l’intériorité d’une plaque de cuisson ? Réponse : ce moment où elle devient sous nos yeux le soleil. Le minimal et le grandiose, le banal et l’essentiel se lient dans l’image en mouvement.
Technological perspectivism

The first idea that came to us, we said, was that of technical animism. In talking to Samy Bouard Cart, we realised that his work also falls under ‘technological perspectivism’, in the sense that he offers the organic eye the point of view of the mechanical eye or tries to make us see the environment (Umwelt) of the camera itself. For him, the difference between his body and his camera is first and foremost a difference of Umwelt in the sense that the ethologist Jakob von Uexküll understood it, i.e. a difference of space-time or sensory-motor space specific to each living species. It is as if the camera projected its own Umwelt and the artist tried to decipher it. This is the heart of his project: in what sense is it possible to free ourselves from our own vision and to thwart the opposition between the visible and the invisible? In what sense is the perspectivism inherent in image capture technology capable of taking us out of our environment, of transforming it and not just completing it? This is a major philosophical question.

“We have created both instruments of perception and instruments of action which allow each of us, if we are willing to use them, to deepen and widen our environment. But there is no instrument that allows us to get out of our environment.”

Hence, if von Uexküll answered “no” to this question, Cart shows that it is possible to answer in the affirmative. Perhaps one day there will be a society in which a frying pan will be sacred, and its Umwelt will be ours. On that day, I will think of Samy Bouard Cart.
Perspectivisme technologique

La première idée qui nous est venue, disions-nous, est celle d’animisme technique. En discutant avec Samy Bouard Cart, nous avons compris que son travail relève aussi d’un perspectivisme technologique, en ce sens qu’il offre à l’oeil organique le point de vue de l’oeil mécanique ou qu’il tente de nous faire voir le milieu (Umwelt) de la caméra elle-même. Pour lui, la différence entre son corps et sa caméra est d’abord une différence d’Umwelt au sens où l’éthologue Jakob von Uexküll l’entendait, à savoir une différence d’espace-temps ou d’espace sensori-moteur propre à chaque espèce vivante. Comme si la caméra projetait son propre Umwelt, et que l’artiste tentait de le déchiffrer. C’est là le coeur de son projet : en quel sens est-il possible de nous affranchir de notre propre vision et de déjouer l’opposition du visible et de l’invisible ? En quel sens le perspectivisme propre aux technologies de captation de l’image est-il en mesure de nous faire sortir de notre milieu, de le transformer et non pas seulement de le compléter ? C’est une question philosophique de taille.


« Nous avons créé à la fois des instruments de perception et des instruments d’action qui permettent à chacun de nous, s’il s’entend à les utiliser, d’approfondir et d’élargir son milieu. Mais il n’est pas d’instrument qui permette de sortir du milieu. »

Ainsi, si Jakob von Uekküll répondait non à cette question, Samy Bouard Cart montre qu’il est possible de répondre par l’affirmative. Un jour, peut-être, adviendra une société où une poêle à frire sera sacrée et que son Umwelt sera le nôtre. Ce jour-là, je penserai à Samy Bouard Cart.

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